Ce que nous trouvons beau ou plaisant ne l'est en réalité que pour nous, vis à vis de notre propre échelle de valeurs, de nos critères d'appréciation personnels. Chacun le sait, la beauté est subjective et tous les goûts sont dans la nature. Forts de ce constat nous n'avons plus qu'à garder pour nous nos jugements, qu'ils soient positifs ou négatifs d'ailleurs. Pourtant certains persistent à vouloir nous faire adopter les mêmes opinions qu'eux.

Ce n'est pas grave, mais ce qui me gêne parfois c'est que nous n’adhérons en masse -- et moi le premier -- à ces opinions que nous finissons par croire comme étant les nôtres. Nous perdons notre libre arbitre au profit de maîtres à penser dont le seul objectif est de nous fourguer leur camelote. Quel que soit le domaine, nous sommes conditionnés pour aimer les mêmes choses. Notre pensée devient unique et nous ne nous en rendons pas compte.

Nous lisons, écoutons, mangeons, admirons, portons la même chose. Au final nous vivons tous les mêmes vies, nous faisons les mêmes rêves et nous finissons par devenir tous les mêmes. Qui a dit des moutons ? Indubitablement nous nous normalisons, nous nous faisons formater. Nous perdons notre originalité qui, dans un monde parfait, ferait de nous des individu(alité)s bien défini(e)s.
Alors quoi faire pour être soi sans être contre les autres ? Pour être unique sans être seul ?

Pour moi, une des conditions absolues est de ne plus avoir peur de faire ses propres expériences, et tant pis si elles vont à l'opposé des sentiers battus. Essayer de penser différemment (pour reprendre le fameux think different  d'une "i-marque" précisément spécialisée dans le conditionnement de masse...) est une façon d'avancer vraiment, en se trompant ou en se découvrant. En se mettant en danger aussi, pour en sortir put-être grandi....

J'ai dû le faire quand j'ai compris mon homosexualité. Pour le coup, j'étais obligé de modifier ma façon de penser, d'aller à l'encontre des schémas et des croyances prêtes à consommer dont on m'avait nourri.  Je n'avais pas le choix car sinon je renonçais à ma propre personnalité, j'allais "à l'envers de moi-même" et ce n'était pas tenable.
Au début, je ne pouvais pas imaginer ce genre de vie. Un homme avec un homme n'était pas concevable. Éventuellement chez les autres mais pas pour moi... Ce n'était pas facile à cette période ;  c'était même très difficile de gérer ce conflit intérieur permanent. Une guerre civile se jouait dans mon être à chaque instant, sans aucun répit !
Il m'a fallut beaucoup de temps, et de peine, avant d'oser lâcher le bord, avant d'oser me lancer dans ma propre vie, ma propre interprétation de l'homosexualité. Je devais faire ce travail de "penser différemment"...  à l'opposé des codes qu'on m'avait inculqués ? Eh bien ... non, pas tant que ça en fait !  Aussi bizarre et paradoxal que ça puisse paraître, ces fameuses "bases" éducationnelles m'ont servi. Il m'en est resté, dans le cas précis de ma vie amoureuse, une certaine vision du couple, de la fidélité et de la loyauté. Une farouche volonté de m'intégrer, d'avoir une vie sociale ouverte et de m'épanouir dans la stabilité d'une relation longue.

Malgré ça, je suis toujours un mouton qui mange, écoute, voit, porte, lit... la même chose que tout le monde. Pourtant je me sens un tout petit peu différent car je garde en moi le souvenir de ce moment où j'ai réussi à me détacher des codes et des idées toutes faites. Il m'arrive parfois de m'engager sur des chemins de traverses -- persuadé que la route qu'on m'impose n'est pas la bonne -- mais je m'y prends assez mal et, très vite, je pars "contre" les autres plutôt que partir "avec moi" sans me soucier des autres... En clair, j'agis plus par opposition à un système que par réel désire de suivre mes propres envies, mes propres idées. Suivre ces idées... c'est tentant sur le papier.  En ce qui me concerne, je l'ai déjà fait une fois et j'ai survécu. Et nous sommes des millions à l'avoir fait au moins une fois !
Alors pourquoi ne pas recommencer ?

 

(reblogué depuis l'arbre à chat)