Le pourquoi du comment
Le célibat. Je trouve ce mot assez moche. Célibataire me fait penser à des mots sans réel contour, sans sens, provisoires, comme locataire, temporaire, stagiaire… Dans le livre que je suis en train de finir, “Pénis d’orteil” de Rieko Matsuura, roman que je vous recommande très vivement, l’auteur dit ceci de son personnage principal à la page 407 : “Toi tu t’entends bien avec tout le monde. Tu ne sais pas refuser, ni à Shunji, ni à moi. […] Tu es une fille tout à fait charmante, et d’ailleurs c’est peut être ce qui fait ton charme, mais tu ne pourras jamais aimer les gens qu’avec modération, comme il convient, avec tact, car tu es incapable de réels sentiments amoureux. Le petit Shunji et moi, tu nous aimes tous les deux pareil, non ?” Celle qui parle c’est son amante et ce Shunji, son fiancé…
En lisant ces mots, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec ma propre situation. Je n’ai pas d’amant et encore moins de fiancée, mais, me dis-je, suis-je capable d’aimer “vraiment” ? Je me demande si j’ai en moi cette capacité de "lâcher les brides et d'ouvrir les vannes”, et d’aimer à 100%. Pour tout dire, je me demande depuis longtemps pourquoi certains d’entre nous sont en quasi-permanence en couple et d’autres pratiquement toujours seuls ? Vous n’avez pas remarqué ? Il y a des gens qui ne seront sans doute jamais célibataires de leur vie. S’ils se séparent, ils retrouvent un coeur dans les semaines qui suivent ! Et il y a des gens, comme moi, qui ne trouvent personne, jamais et, si d’aventure, ils s’amourachent de quelqu’un, finissent par décrocher (ou susciter le décrochage de l'autre) aussi vite !
Au delà de trouver ça injuste, je cherche à comprendre s’il y a à cette situation qui s’éternise, une ou des explications. Pensez vous qu’il y ait des gens doués pour l’amour et d’autres qui ne le soient pas ? S’agit-il d’une question d’ouverture aux autres ? Y a-t-il une erreur de parcours qui fait que, quelque soit le chemin pris, je n’arrive pas à destination ? Suis-je trop “compliqué” pour accèder à une chose aussi simple (?) que l’amour ? Suis-je trop sophistiqué, indécis, inconstant ? Ou bien finalement est-ce parce que je reproduis toujours un schéma qui ne fonctionne pas ?
Il y a sûrement un peu de tout cela. Pour autant, cette phrase écrite dans ce livre, au détour d’une page, résonne en moi. Peut être que je ne peux aimer les gens qu’avec modération et tact ? Peut être que je ne vois l’amour que comme une civilité, une politesse, un rôle ou une gentillesse qu’on s’échange ? Peut être…
Mais alors quoi ? Les choses peuvent-elles changer ? Suis-je condamné à rester célibataire toute ma vie ? Ne puis-je pas rencontrer quelqu’un comme moi, qui chercherait, lui aussi, quelqu’un à aimer ? Ou au contraire, me faut-il rencontrer celui qui fera sauter le bouchon qui m’empêche de vivre l’amour ou, plus globalement, d’accéder au bonheur de ceux qui s’aiment ? Parce que je vous le dis tout de go : être célibataire, c’est n’exister qu’à moitié, pour soi seul. C’est se sentir écrasé par la solitude chaque jour que Dieu fait. C’est un vrai calvaire. Et plus le temps passe et plus cela ressemble à une situation inextricable. Alors il vaut mieux ni pas trop penser mais simplement l’avoir en tête, comme ça, au cas où on s’endormirait sur ses lauriers. De toute façon, personne n’a les réponses à ces questions.