Tout crotté
Ces derniers jours la crotte semble vouloir se coller à moi. Je peine à m’en débarrasser. Pas une crotte du genre poisse, guigne, malchance et autre situation indépendante de ma volonté. Non plutôt une crotte du genre pas cool, malaise, incertitude. En réalité ce n’est pas grave. C’est même plutôt une bonne chose car je l’assimile à un signe que ma vie change. C’est juste que de temps en temps j’ai du mal à gérer ce changement.
Il y a d’abord “Lui”, bien sûr, et ses problèmes de couples qui m’arrivent en pleine figure – ce que je redoutais – car, c’est bien connu, les mecs de mon âge ont la science infuse et peuvent, en te donnant quelques bons vieux conseils cachés au fond de leur sac à malice, trouver pour toi la solution à des problèmes qui ne les concernent pas. Je pourrais dire que je suis attentif à l’évolution de son couple et pourtant non, je me sens de plus en plus coincé dans un rôle qui ne me convient pas du tout. Je n’ai pas envie de gérer ses ruptures et ses rencontres avec d’autres nanas. Je ne veux pas être tantôt sa couverture, tantôt son entremetteur. Je suis étranger à toutes ses sorties adultérines et mon but n’est pas de tenir les morceaux de son couple qui s’étiole. Je crois que ces points mériteront une explication de vive voix la semaine prochaine… En attendant, hier soir je suis parti assez précipitamment de la soirée qu’ils (“Lui” et son amie) donnaient, semant par là même un doute épais et désagréable. Après moult sms de sa part jusqu’à tard dans la nuit, j’ai fini par m’endormir avec une nouvelle couche de crotte sur le dos. Et ce matin je me dis, en conclusion, que ça suffit. Je n’arrive toujours pas à comprendre ce qu’il attend de moi et plus j’avance et plus je me dis que je n’ai sans doute rien à comprendre et rien à attendre de lui. Ce ne sera jamais mon amant, jamais mon mec, jamais mon chéri ni jamais mon meilleur ami. Alors…
Ensuite, il y a le boulot dans lequel j’ai tous les jours envie de donner un coup de pied. Je suis partagé entre l’idée d’envoyer tout valser et celle de me “faire plaisir” en mettant le nez de tous ces gens – collègues – dans l’inconfort de leur hypocrisie. Et du coup, je ne fais ni l’un ni l’autre. Pourtant je sens que ça monte ! Arriverai-je à exprimer mon “désaccord” de façon satisfaisante pour moi ? Aurai-je assez de couilles pour ça ? Honnêtement je crois que oui, car, paradoxalement peut être, je suis un homme mesuré et cela me protège des coups de folie du genre je démissionne sur le champs, ou je pète un plomb et j’incendie tout le monde. Bien qu’il y ait des jours – des semaines – où je suis au bord de l’explosion, je garde confiance sur mes capacités à ficher le camp. La crotte est collante dans cette routine acerbe qu’est la vie au travail.
Et puis il y a ces gens, ces hommes qui, il y a quelques semaines encore étaient absolument improbables dans ma vie. Il n’y en a pas beaucoup mais comparativement au désert de mes fréquentations des ces dernières années, on peut dire que c’est le métro aux heures de pointe actuellement dans ma vie ! Dit autrement, en ce moment je rencontre beaucoup de types. Sans forcément avoir envie de me “caser” comme ce fut le cas pendant longtemps. Juste pour faire connaissance, prendre du bon temps si l’occasion se présente, changer d’air, voir du monde. Je vous l’ai déjà dit, cela me fait un bien fou. Evidemment ce n’est pas toujours très “constructif” puisque, pour certains, ce sont des rencontres sans aucun lendemain ! Mais peu importe : la vie c’est ça aussi. Rencontrer beaucoup de gens pour n’en revoir qu’un tout petit nombre (les meilleurs ?)…
Force est de reconnaître que je ne me reconnais pas sur ce coup là. Parfois cela me remplit d’aise et parfois cela me file un peu le bourdon : la crotte n’est jamais loin, prête à bondir au moindre signe d’essoufflement.
Enfin il y a mon corps qui change. Le sport est en train de révolutionner ma vie. Je n’exagère pas. Bien sûr je reste moi-même, quoi que la confiance en soi augmente avec l’intensité du regard des autres. Je ne veux pas paraître prétentieux, ni faire, ce qui est pire, de la fausse modestie, mais c’est vrai que je plais – notamment à des hommes jeunes – et que cela me rassasie d’orgueil et en même temps me déstabilise.
Miroir aux alouettes ? Peut-être car on fond ma personnalité ne change pas, mais j’entends bien tirer partie de mes nouveaux attraits (cf paragraphe ci-dessus)… Et puis il paraît que les hommes sont au top à 40 ans !
Malgré tous ces points positifs, je crois qu’il me faut aussi un peu de temps pour assimiler ces changements comportementaux. La crotte, c’est le doute qui m’assaille lorsque je me dis que tout ceci n’est qu’une image sans aucune consistance et que je me remémore cette promesse que je m’étais faite à moi même il y a 20 ans de ne jamais être un “vieux beau courant après les minets”. La bonne nouvelle c’est que – à part “Lui” – les minets ne m’intéressent pas… et puis je ne suis pas encore vieux ![]()