Faisceau d’indices
Depuis plusieurs jours (une quinzaine environ) je suis extrêmement maladroit. Par exemple c’est la deuxième fois en une semaine que je tape dans la voiture de devant ou de derrière en voulant me garer, alors que ça ne m’arrive – je le jure – absolument jamais. Sachez que j’ai laissé mes coordonnées sur les pare-brises des véhicules concernés.
Je renverse, je casse, je sens que je ne suis pas comme d’habitude.
J’oublie de faire des choses – pourtant très habituelles voire même mécaniques - dans mon travail et je ne me souviens même pas d’avoir oublié de les faire. Je me surprends à avoir des grands “blancs” pendant lesquels je suis “ailleurs”, comme dans une autre dimension… C’est également quelque chose qui ne m’arrive pas en temps ordinaire.
Je me réveille presque toutes les nuits en pensant à “Lui” et il apparaît dans mes rêves au moins une fois sur trois ! Quand il est dans les parages au boulot, je cherche sa présence partout et je deviens subitement incapable de me concentrer sur quoi que ce soit.
J’ai développé une organisation qui fait que j’arrive tous les jours à la même heure que lui et si ce n’est pas le cas – parce que je suis en retard (au quel cas je peste contre moi même) ou qu’il est en retard – j’arrive malgré tout à tomber sur lui dés son arrivée – oh! quelle coïncidence - de sorte que je suis pratiquement tout le temps celui qu’il voit en premier en arrivant le matin.
Je m’intéresse d’un seul coup à des choses qui sont à mille lieux de mes goûts. Le foot, les voitures, les jeux vidéos… et j’arrive à trouver de l’intérêt à tout ça ! Je me découvre des ressources aussi insoupçonnées qu’invraisemblables pour trouver du temps et de la motivation. Je me sens boosté à l’idée de faire quelque chose pourvu que ce soit avec “Lui”.
Je me nourris de toutes ses petites attentions qui font de mes journées des rêves bleus et je meurs de les attendre les jours où rien ne va. Ceci dit, rares (inexistants ?) sont les jours sans un petit quelque chose… Il y a toujours ces regards que son cerveau ne peut pas commander et qui en disent tellement long. J’ai beau y aller avec précaution, je suis bien obligé de reconnaître que nos regards sont chargés d’arrière pensées. Il y a toujours cette envie de se voir tout le temps. Au boulot, certes, mais de plus en plus à l’extérieur : rien que 3 fois la semaine passée, ce qui est – pour moi en tout cas – énorme. Il y a toujours ces sous-entendus sur le sexe et son champ des possible, mais aussi et surtout cette indéfinissable “attirance-rejet” de l’homosexualité à la quelle il tente de donner un sens. Il y a comme une barrière invisible qui fait que quand on aborde ce sujet il finit toujours par botter en touche – de moins en moins adroitement d’ailleurs.
Il y aura toujours mon côté indécis, pudibond, malhabile qui fait à la fois partie de mon charme et fait qu’en même temps je ne sais pas sur quel pied danser. Je n’ai pas l’audace de Stephan dont les récents billets m’ont projeté dans un univers qui ressemble à s’y méprendre à ce que je vis en ce moment.
J’essaie de faire mien ce proverbe qui dit que tout vient à point à qui sait attendre, mais je ne sais même pas ce que j’attends car, en réalité, tout ce que nous faisons ensemble me paraît presque, d’une certaine façon, aller au-delà de ce que j’ai déjà pu connaître avec certains de mes partenaires, le plaisir contact physique en moins…
Ce faisceau d'indices m’amène à une conclusion sans équivoque que, toi, lecteur plein de bon sens, avait déjà tiré de mes précédents et ennuyeux récits : je suis amoureux de “Lui”. Ca me fait tout drôle de l’écrire… Je crois que jusqu’à cette sortie hier soir, “Lui” et moi, je n’avais pas encore réalisé à quel point il influençait ma vie (et j’influençais la sienne).
Alors je sais qu’il faut que je me préserve, que je fasse gaffe, que je me protège… Et puis, dans le même temps, il faut que je vive, que je tente quelque chose, que je ne laisse pas filer une occasion…
Oui, j’ai bien conscience de tout cela mais, pour vous mettre à l’aise, je ne contrôle que 0.01% de la situation, alors….
En attendant un ex-amant charmant qui m’avait éconduit il y a deux ans et m’a redécouvert – sans doute plus à son goût – sur un site de rencontre, veut s’inviter à déjeuner dimanche prochain : pourquoi pas, ça pourrait être drôle de “m’amuser” avec lui : la vengeance est un plat qui se mange froid, n’est-ce pas ?