Une femme qui aime les femmes qui aiment les hommes qui aiment les hommes qui aiment les femmes…
Bien que ces derniers jours mon cerveau, ce nunuche qui continue de prendre pour réels des signaux qui n’existent que dans son imaginaire, bien que cet idiot, donc, soit obnubilé par un seul sujet (cf. les billets précédents si vous ne connaissez pas encore Mes aventures avec Lui), j’ai décidé de m’atteler à la rédaction d’un post au sujet que je trouve assez compliqué à traiter correctement et qui me trotte dans la tête depuis longtemps. Sous des formes diverses, parfois diffuses, mais de façon régulière, assez pour que j’en parle ici tout du moins.
Ce sujet qui me tarabuste, qui me titille qui m’interpelle même, bien qu’il n’ait aucune sorte d’incidence sur moi, sur mon entourage, sur mes courageux lecteurs, et bien qu’il ne soit ni d’actualité, ni urgent, ni important, mais pour autant qui n’est pas si léger qu’il le paraît, ce sujet, donc, c’est une question. La question de savoir si ma vie aurait été différente si j’avais été une femme lesbienne. Je me sens un peu confus de devoir rajouter “lesbienne” mais je ne trouve pas d’autre façon de poser ma comparaison.
Evidemment, comme c’est le cas pour (pratiquement) tout dans la vie, la réponse ne peut pas être tout à fait “oui” ni tout à fait “non”. La réponse la plus précise est '’oui de par certains aspects et non par d’autres”.
Oui, ma vie aurait sûrement été différente car j’aurais, je crois, eu un désir d’enfant inconsolable. Contrairement à ce que je peux penser aujourd’hui du fait de ne pas avoir eu d’enfants, je pense qu’en tant que femme j’aurais beaucoup souffert de ce manque. Qu’importe qu’on soit lesbienne, on est femme avant tout, me semble-t-il. Ce désir impérieux de maternité m’aurait peut-être amenée à fréquenter des hommes, à faire un bébé toute seule ou à tenter une insémination artificielle. Mon corps étant fait pour enfanter, je n’aurais eu en aucune manière besoin de me poser de question sur la légitimité d’adopter, débat qui agite les homos mâles régulièrement.
Non, ma vie n’aurait pas été si différente en ce sens que j’aurais chercher chez mes partenaires une certaine forme d’élégance sophistiquée, une prestance ou tout simplement un charisme écrasant, une présence (trop) forte. Comme avec les hommes, je me serais sans doute laissée piéger par mes exigences extravagantes d’éternelle insatisfaite et je serais allé de déceptions en désillusions, en passant à côté des “vraies” rencontres. Comme avec les hommes j’aurais flashé sur des femmes inaccessibles, j’aurais rêvé de passions impossibles et j’aurais bien sûr idéalisé ma quête de l’autre.
Oui, j’'aurais vécu différemment les choses de l’amour. J’aurais connu bien d’autres plaisirs sexuels que ce qui m’ont été jusqu’alors révélés en tant qu’homme. La douceur, voilà ce qui m’aurait plu en tant que femme. La douceur et la puissance de l’imaginaire, du fantasme, du “cérébral”. Un degré de sensibilité plus élevé ; une meilleure connaissance du corps de l’autre et une meilleure “écoute” aussi de ce corps si doux. L’absence de cette brutalité que je hais dans les rapports entre hommes, comme si elle était une condition sine qua non de l’amour entre garçons. Comme si c’était une signature, héritée de nos ancêtres préhistoriques. Ah oui, j’aurais aimé être une femme pour éviter ces questions perpétuelles autour de la pénétration. De cet acte sans réelle importance et pourtant si crucial aux yeux des hommes. Cette notion de pénétrant / pénétré qui vous range encore plus dans des cases et vous fait passer, au gré des rencontres, pour un mâle ou une femmelette, un actif ou un passif, un dominant ou un dominé. Une espèce de confrontation qui n’est ni nécessaire ni harmonieuse bien sur ! Qu’il aurait été doux et suave de faire l’amour à ma partenaire, avec juste ce plaisir exacerbé de donner, donner jusqu’à s’en oublier. Les hommes ne savent ni donner ni recevoir, et pourtant ils pourraient être si sexy…
Non, ma vie n’aurait pas été modifiée car j’aurais aimé être une femme au même titre que j’aime être un homme ! Je n’aurais pas été une “camionneuse”, de la même façon que je ne suis pas une “folle”. J’aurais aimé (peut-être même encore plus qu’une autre femme – c’est à dire hétéro) être ultra féminine. Jouer de mes atouts, de ce corps gracile, de ces manières détournées pour faire comprendre à celles qui me plaisent que je suis sous leur charme. J’aurais apporté un soin tout particulier à mon apparence : à mes cheveux, à mon maquillage, à mon parfum et à mes tenues. J’aurais été ensorcelante et j’aurais fait tourner la tête des hommes ! J’aurais été ambigüe pour le seul plaisir de brouiller les pistes (et de voir les hommes s’y perdre) et je me serais en moi-même étonnée de n’être draguée que par des hommes… C’est vrai je n’aurais pas été Miss Univers, mais j’aurais tout fait pour être et rester désirable. Je n’aurais pas pu concevoir de me laisser aller ou d’emprunter les manières grossières de l’autre sexe sous prétexte que j’aimais des femmes qui aimaient des hommes qui... Pour autant, je n’aurais pas détester les hommes non plus. D’ailleurs j’aurais facilement pu travailler avec eux parce que je pense que j’aurais un peu compris leur façon d’être (seulement un peu). Je n’aurais pas eu de mal à me faire accepter parce que j’aurais été intelligente, tout du moins assez pour le faire croire !
A suivre….