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Gay.mais.pas.que
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14 décembre 2010

Mithridate

L'autre matin, en prenant mon petit déjeuner, j'allumai la télévision. C'était plutôt la nuit, parce qu'il était très très tôt. Il y avait un reportage sur un attentat qui avait eu lieu dans une église en Irak. Comme le reportage était en anglais, je ne comprenais pas tous les commentaires, eu égard à mes progrès somme toute assez lents. Un moment, le reportage montrait des images filmées dans l'église quelques minutes après l'attaque terroriste. On ne voyait pas très bien. La couleur de l'ensemble était vaguement verte. Il devait sûrement s'agir d'une image infrarouge. Il y avait beaucoup de confusion, des cris. On distinguait les gens qui fuyaient comme ils le pouvaient et brutalement est apparu sur l'écran un corps d'homme allongé sur le sol dont il ne restait plus que la tête, les bras et le tronc coupé en deux au niveau de l'abdomen. De la même façon que vous lisez ma phrase, j'ai découvert cette scène, sans vraiment comprendre ce qu'elle représentait. Mon cerveau n'a pas tout de suite fait le lien entre cette amas de chairs disloquées et un corps humain. Pourtant l'image s'est imprimée instantanément dans ma mémoire à tel point que je peux très facilement me la remémorer maintenant, plusieurs jours après, rien qu'en vous en parlant.

Lorsque j'ai eu compris de quoi il s'était effectivement agi, je me suis arrêté un instant de manger et je suis resté bouche bée quelques secondes. Bien que l'image fût passée depuis longtemps, je la gardai encore sous mes yeux. Et plus je la visualisais et plus j'en comprenais la signification réelle. Sur le coup je me suis dit "ils n'ont quand même pas osé montrer ça ?" Et j'ai du finir par admettre que j'avais bien assimilé ce que mes yeux avaient vu.

450px_Mithridates_VI_LouvreCe qui m'a le plus choqué, je dois le reconnaître, ce n'est pas l'image en tant que telle. J'ai été bien plus surpris par ma réaction. Je l'aurais cru plus violente, plus emprunte de terreur ou d'émotion. De dégoût aussi. Pourtant, non. Je suis resté circonspect et, à vrai dire, assez peu perturbé. C'est cette "non perturbation" qui m'a trotté dans la tête la journée qui a suivi et les autres jours, ensuite, jusqu'à aujourd'hui. Je me suis dit "pourquoi cela ne me choque-t-il pas plus ?". Et j'en suis venu à la conclusion que ce genre d'images  n'est finalement pas si rare que ça. Entre les séries télé de plus en plus réalistes qui montrent des cadavres à longueur d'épisodes, les jeux vidéos ultra violents, les images que l'on trouve (sans toujours les chercher) sur le Net ou certaines séquences diffusées dans les journaux télévisés, il y a finalement de quoi s'habituer à la vision de la mort des Hommes et de l'horreur. C'est un peu comme dans la légende qui dit que Mithridates VI s'est immunisé contre le poison en en absorbant une infime et inoffensive quantité chaque jour. Nous sommes sans doute presque totalement immunisés contre la violence qui nous saute à la gorge, à force d'en ingérer de petites quantités en permanence, sous couvert d'information ou de divertissement. Je dis "presque totalement" car il y a encore des jours où notre cerveau "s'arrête" face à ce qu'il voit et ne peut pas admettre. Heureusement... Mais pour combien de temps encore ?

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Commentaires
F
Il y a une grande différence entre le virtuel et la réalité, le cerveau adulte la fait très bien. Cela permet aux amateurs de rire à gorge déployée devant des films d'horreur. Je dis ça mais je suis obligé de zapper régulièrement, on a des seuils variables apparemment. Ou alors je n'ai pas un cerveau adulte,lol.
L
Ne pas être choqué par ce genre d'image est plutôt une bonne chose : quand tu es choqué ce sont tes émotions qui prennent le contrôle. Là tu peux continuer à réfléchir avec lucidité, ce qui ne veut pas dire que tu dois trouver ça normal. Mais les films et autres jeux vidéos ont le même rôle qu'un exercice incendie, ça permet d'éviter la panique quand on nous montre le monde tel qu'il est réellement. Mais ça marche notamment parce que ça reste une image pour toi : si tu y avais été confronté dans la réalité, tu serais sans doute allé vomir dehors...
F
Ne pas être atteint par ces images est aussi un moyen de se protéger de la "fureur du monde". Et puis peut-être aussi qu'on a du mal à se dire que c'est réel, tu as raison, la télé nous a vacciné.
Gay.mais.pas.que
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