Les Plaideurs
Il me semble parfois que ma vie -- j'entends par là, la façon dont je la remplis -- ne va dans aucune direction précise, qu'elle tourne en rond sur elle même ou encore qu'elle ne correspond pas vraiment à ce que j'aimerais faire ou connaître. Jusqu'à récemment, je me disais que c'était le résultat de ma médiocrité ou d'une sorte d'inaptitude à entreprendre, à vouloir ou à aller de l'avant. Je disais même que je me "minabilisais". Bien que j'assume complètement les propos que je tiens ici, quand je relis cet article, ce matin, je réalise que je n'avais pas tout à fait raison et que, lorsque je l'ai écrit, j'ai éludé une partie de la question qui ne m'était pas apparue à l'époque et qui, aujourd'hui, me paraît fondamentale.
Pour mieux comprendre ce qui m'a littéralement sauté aux yeux, il faut que je vous expose la longue, pénible et interminable réflexion qui était la mienne dernièrement. Des choses les plus futiles au problèmes les plus cruciaux, je me demandais pourquoi (en vrac) : "je n'arrive pas à progresser convenablement en anglais ? ; je n'arrive pas à changer de job ? ; je ne fais pas davantage de sport ? ; je ne lis pas tous les livres que j'aimerais lire ? ; je n'ai pas de passion ? ; je ne fais pas de rencontres ? ; je ne sors pas ? ; je ne pars pas en vacances ? ; je n'ai pas de charisme ? ; je n'ai pas la pêche ? ; je ne mange pas équilibré ? ; je suis souvent fatigué ? ; je me pose tant de questions ?..." La réponse à tout cela tenait dans une seule phrase. Et le plus curieux, c'est que cette idée a surgit devant moi alors même que j'avais cessé de me torturer. L'esprit "au repos" ai-je presqu'envie de dire !
J'étais donc entrain de faire fonctionner mes méninges pour planifier une tâche quelconque à réaliser prochainement au boulot, quand, presque tout à coup, j'ai compris ceci : à vouloir tout faire, je ne fais rien du tout !
Les faits sont là : je commence des tas de choses mais je ne vais jamais au bout. Parfois même je fomente des tas de projets qui ne voient jamais le jour. Cela me rend amer, triste et me donne une mauvaise opinion de moi. C'est un cercle vicieux.
A l'inverse, je me dis que commencer par faire de "petites" choses et les mener à leur terme avant de me lancer dans de nouveaux projets peut, peut-être, me faire avancer plus vite qu'il n'y paraît... ? C'est un peu l'idée du proverbe qui dit que "qui veut voyager loin ménage sa monture" (au passage, j'apprends que l'origine de ce proverbe est une pièce de Racine, Les Plaideurs).
Du coup, j'ai l'intention de re-mettre un peu d'ordre dans mes envies. J'ai vraiment besoin de me renouveler et d'avancer. Je ne peux pas me contenter de rester là à attendre je ne sais quel miracle. En gros, il faut que je me donne un coup de pied au cul, mais pour qu'il soit efficace, il faut qu'il soit réfléchi, me sembe-t-il.
En fait, j'ai déjà pratiqué de la sorte lorsque j'ai arrêté de fumer, en 2007. Je n'avais plus qu'un seul objectif à l'époque et le fait de ne courir qu'un seul cheval à la fois m'a, je pense, permis d'y arriver. J'avais mobilisé toute mon énergie autour de ce projet et je n'avais pratiquement aucune chance d'échouer. Et ça a été la même chose quand je me suis mis en tête que j'allais commencer à courir (faire du footing). Je n'avais plus que cette ambition. Aujourd'hui je veux rester modeste, mais l'idée même d'avoir une cigarette dans la bouche me débecte et je peux courir 17 km, moi qui détestais faire du sport depuis toujours. Je suis fier de ce que j'ai accompli et j'ai envie de retrouver cette émulation. C'est un cercle vertueux. On se donne un cap, on atteint un but, et du coup on se sent plus fort pour un nouveau cap et de nouveaux buts.
Concrètement, j'ai réservé mon séjour à Londres au mois de janvier. Je tergiversais depuis des semaines sur ce sujet, avant que je me motive pour retourner là-bas. J'y retourne pour profiter des soldes. J'ai une envie de renouvellement de garde robe.
Parallèlement, j'ai un autre projet très immédiat en tête. Mais je n'en parle pas maintenant.
Mon moral joue donc aux montagnes russes mais si je prends un peu de recul je pense que je vais, malgré tout, dans le "bon" sens, si un sens il y a à tout cela...
Portez-vous bien.