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24 octobre 2010

Mon beau sapin

HOMELorsque j’étais enfant, Halloween était inconnue en France mais la fin du mois d’octobre était malgré tout une période durant laquelle je devenais un peu plus fébrile chaque jour. A cette époque, Noël était pour moi le moment le plus attendu de l’année. Et l’excitation commençait à monter bien avant le jour fatidique !

Ca commençait avec l’arrivée de l’automne. Dans le jardin nous avions un grand cerisier qui déployait majestueusement ses branches. Il devait bien avoir  15 mètres d’envergure. D’ailleurs quand mon père l’a abattu, quelques années avant que je quitte la maison, j’ai presque ressenti de la tristesse, ou en tout cas une forme de tristesse. Cela a marqué la fin d’une époque pour moi.
Bref, quand le cerisier était encore planté dans le jardin, j’attendais avec impatience qu’il perde toutes ses feuilles. Je savais que quand elles seraient toutes tombées, le froid serait vraiment installé (j’attendais les premières neiges avec pratiquement autant de nervosité que Noël) et que nous serions tout près du 25 décembre. Je pouvais rester des heures à la fenêtre de la cuisine à regarder les feuilles tomber. Ca m’a sans doute appris à devenir patient car c’est un processus assez lent finalement et pas très captivant il faut bien le reconnaître. C’est amusant, quand j’y repense : je n’étais vraiment pas un enfant turbulent, c’est le moins que l’on puisse dire !

Durant cette même période d’attente, je passais presque tous mon temps à détecter les signes annonciateurs des festivités. Le top départ était donné par les magasins qui, un beau matin, installaient les jouets dans leurs allées. En gros, nous étions dans la première quinzaine de novembre. Suivaient ensuite les décorations dans la ville. Mais attention, elles ne s’illumineraient qu’à partir du 1er décembre ! Venait ensuite la métamorphose des vitrines. Dans les conversations, à la télé, à la radio on commençait à entendre parler de Noël à tout bout de champ. Tout n’était que prétexte à m’enthousiasmer toujours un peu plus.

Début novembre, je faisais un calendrier. Enfin, plus simplement, je dessinais sur une petite feuille de papier blanc sortie de mon classeur d’écolier, des cases numérotées, chacune d’elle représentant un jour me séparant cruellement du 24 décembre. Je crois bien qu’il y avait plus de soixante cases ! C’était à la fois un vrai bonheur et un vrai supplice. Un vrai plaisir de rayer chaque soir une nouvelle case, synonyme d’un jour achevé ; et un vrai martyr de constater, chaque soir également, qu’il en restait encore beaucoup (trop) à rayer avant d’arriver au jour J. C’était mon calendrier de l’Avent à moi : pas cher, sans bonbons à l’intérieur et avec beaucoup plus que vingt-quatre fenêtres.

Quand j’étais petit, ma mère, mes sœurs et moi avions une sorte de rituel. Un dimanche après midi pas fait comme les autres et bien avant Noël, si nous avions été sages, maman descendait de dessus l’armoire le carton qui contenait les décorations pour le sapin. Ma joie (et probablement aussi celle de mes sœurs, mais il faudrait le leur demander) était de voir enfin resurgir ses symboles de la nuit tant attendue. On sortait tout : les boules et les sujets vieux de dix ans au moins ; les décorations défraîchies ; les guirlandes électriques multicolores. Quel spectacle !... Et puis une fois qu’on s’était assuré que nous serions fin prêts pour monter le sapin le moment venu, on rangeait tout et le carton repartait à sa place au dessus de l’armoire de mes parents. Pour que la déception de devoir tout ranger ne soit pas trop vive, maman nous faisait des crêpes.

Quand j’avais dix ou douze ans, je faisais des cadeaux à toute la famille. Je n’avais vraiment pas beaucoup d’argent de poche : à peine deux ou trois francs par semaine. Il me fallait donc compter chaque sou pour pouvoir acheter un paquet de bonbon ou une petite bouteille de parfum bon marché. J’allais chez Monoprix avec ma sœur. C’était malin car je la convainquais d’associer sa cagnotte à la mienne. Malgré ses réticences, on finissait quand même par offrir les cadeaux que j’avais choisis, grâce à nos deux tirelires réunies. Après, je prenais un temps infini à faire et défaire les paquets que j’avais préparés. Je les changeais de place presque tous les jours pour que personne ne les découvre et je prenais un réel plaisir à les offrir. Ce n’étaient que des bricoles, mais elles avaient pour moi autant de valeur qu’un objet prestigieux.

Le 24 décembre, la journée commençait très tôt ! Je n’avais rien à faire si ce n’était rester sage. Je regardais mes parents s’activer et moi je contemplais le sapin avec des grands yeux un peu stupides. J’attendais le moment où je ressentirais vraiment « l’ambiance de Noël ». L’après midi on devait faire une sieste pour être autorisés à veiller tard le soir. Et au réveil, les festivités commençaient. On regardait un grand dessin animé à la télé, puis on prenait un bain et on mettait nos beaux vêtements. Je me souviens ma mère avait un collier très large qu’elle ne mettait que très rarement, dont à Noël. Ensuite on se réunissait à table pour un repas incroyable composé de mets inhabituels. Rendez vous compte : il y avait des asperges ! La soirée était magique à mes yeux. On regardait encore un peu la télé mais on n’attendait plus qu’une seule chose : aller se coucher pour avoir que le lendemain matin arrive très vite et que l’on puisse enfin ouvrir nos cadeaux. Oui mais voilà, on voulait que la soirée ne s’arrête jamais… dur dilemme ! Finalement le sommeil avait bien vite raison de nous. Je n’ai pas cru au Père Noël très longtemps, mais peu importe. Savoir qui dépose les paquets sous le sapin n’a en soi aucune importance.

Aujourd’hui, tout a bien changé. Les jouets sont déjà installés depuis le 1er octobre dans les magasins. Je ne fais plus qu’un sapin une année sur deux. Les cadeaux sont tous plus coûteux et inutiles les uns que les autres. C’est une ruine et les enfants paraissent complètement blasés. Les publicités pour les jouets à la télévision n’ont pas réellement changées mais elles sont diffusées du 1er janvier au 31 décembre sans discontinuer. Le réveillon n’est plus aussi convivial. Il n’y a plus de rituel, plus de cérémonial, plus vraiment d’ambiance.
Je ne compte plus les jours qui me séparent de Noël, je n’ai plus le temps de regarder les feuilles tomber et cette année je vais même passer le réveillon tout seul. Ce sera la première fois en trente huit ans…
Encore un nouveau changement d’époque mais celui-ci me fait un peu peur.

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Commentaires
E
C'est curieux, mais il y a effectivement beaucoup de gens qui n'aiment pas Noël... J'en connais plusieurs qui détestent cette période de l'année. Cela merite à chaque fois de se poser la question de ce qui a déclenché cette aversion alors qu'à la base NoËl est plutôt une fête charitable où les enfants apprennent plus ou moins certaines valeurs positives (du moins de mon temps c'était un peu l'esprit...).
F
Je suis partagé entre mon dégoût pour ses festivités répétitives et commerciales. Mais c'est aussi un moment de retrouvailles de toute la famille et de petits rituels que tu décris si bien.<br /> <br /> Pour moi Noël quand j'étais petit, c'est un beau moment avec le sapin, le père noël etc. Quand nous avons déménagé dans le Nord c'était synonyme de très longs voyages en voiture pour aller en deux jours à Troyes (et il n'y avait pas l'autoroute) puis la région parisienne. Une moisson de cadeau et d'argent en compensation des kilomètres d'asphaltes. Et puis pendant les réunions familiales tournaient parfois au vinaigre.<br /> <br /> Aujourd'hui, je ne suis pas très sensible à la magie de Noël.<br /> <br /> merci pour ce petit moment nostalgique.
S
Moi j'ai toujours détesté cette période de l'année alors meme que j'étaits enfant. Cette période devait etre le symbole de la famille tout ce dont je ne croyais pas disposer. <br /> <br /> Sans doute parce qu'a cette période de l'année toute ma famille nous fuyait ma mère et moi et qu'après avoir détesté ma famille j'ai fini par destester cette période qui représentait la famille. <br /> <br /> Nous avons finis elle et moi par ne plus feter Noel et a nous faire nos cadeaux toute au long de l'année dans des fetes improvisées dont bien entendu nous décidions d'écarter notre famille qui a depuis disparue de notre univers et puis je n'ai jamais aimé les fêtes imposées sur un calendrier
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