C’est qui la France ?
J’entends beaucoup de gens, ces derniers temps, décrier la France. Certains pensent, d’autres disent et d’autres encore écrivent ce qu’ils estiment être un état des lieux objectif du pays dans lequel ils vivent.
Ainsi est-il question au hasard des discussions et des débats, de retraite, de chômage, d’exclusion, de fiscalité, de couverture sociale, d’insécurité, de répression, d’affaires… Souvent (pour ne pas dire jamais) les termes utilisés ne sont pas élogieux. De “Français bande de fainéants” à ”Français espèces d’imbéciles” en passant par “la France c’est pourri”, il y a de quoi trouver ce pays et son peuple assez médiocres (et encore, je vous fais grâce des fautes d’orthographe qui donnent quelquefois à réfléchir quant à l’éducation de ces prêcheurs de vérité).
Chacun exprime un sentiment qui lui est propre. Souvent ce sentiment est teinté de politique, suivant que l’on se sent proche (ou pas) des idées et / ou de la façon de faire de certains courants politiques (même si je crois que c’est plus une question de personnes que d’idées). Peu importe. Tout le monde est libre d’avoir son opinion et de la défendre.
Moi aussi, bien sûr j’ai une opinion. C’est vrai, je suis le premier à le dire, tout n’est pas rose dans mon pays. J’aimerais bien, par exemple, gagner plus d’argent, avoir du travail à vie garanti, partir à la retraite plus tôt, avoir des couronnes dentaires et des lunettes intégralement remboursées. J’aimerais qu’on m’aide à payer mon loyer, qu’on me fasse supporter moins d’impôts et de taxes et qu’on me dise l’usage qui en est fait,… Bref, j’aimerais vivre dans un monde parfait – du moins adapté à mon confort personnel. Mais le problème n’est pas là.
Ce qui m’étonne, en réalité ,c’est que personne ne remarque que la France ben c’est avant tout… les Français ! A mon sens, j’ai de multiples raisons d’être fier de mon pays et d’apprécier la vie que j’y mène. Je peux me plaindre de tout, tout le temps, mais je ne crois pas que ça change quelque chose au fond. Par contre, je peux profiter de ma liberté d’expression, d’entreprise, de mouvement. J’ai, en étant né ici, la chance de vivre dans un pays riche. Cela ne signifie pas que je suis riche à titre personnel (hélas), mais juste (et c’est déjà énorme) que les infrastructures et le système social de mon pays sont parmi les plus modernes et les plus importantes au monde. J’ai accès au savoir, aux arts, à la technologie… tous les pays n’offrent pas cette permission, loin de là.
Et puis j’estime faire partie d’un peuple qui n’a pas à rougir ni de son histoire, ni de ses convictions et encore moins de son patrimoine. La culture française , par exemple, est extraordinaire tant par la qualité que par la quantité de ses artistes à travers les âges. Nous avons dans notre patrimoine commun des trésors que même les tous puissants Américains nous envient. Nous pourrions être de fervents défenseurs de notre bonne vieille langue française (une des plus complexes) mais pour cela il nous faudrait arrêter de snober les autres langues et cesser de penser que ce qui vient d’ailleurs est forcément dangereux. Au lieu de ça, les francophones disparaissent petit à petit de la surface de la terre et il n’y a plus guère qu’une poignée de Québécois pour nous rappeler que le français peut aussi se parler en dehors de Paris et sa proche banlieue.
Oui, je trouve que la France et l’Europe, dont elle est un des piliers fondateurs, peuvent tenir la dragée haute à la communauté internationale à l’heure où la mondialisation ne semble nous apporter que des tracas. D’autres surfent allègrement sur ce courant nouveau ; pourquoi nous, européens, – encore que les Allemands tirent leur épingle du jeu – devrions nous courber l’échine ? Nous avons des entreprises compétitives si tant est qu’elles soient soutenues “de l’intérieur” par leurs salariés. L’investissement que nous ferions nous le ferions pour nos enfants, et pas seulement pour nous. Ah ! c’est vrai, on ne peut pas dire “amen” à tout, mais se battre pour son emploi c’est aussi, qu’on le veuille ou non, se battre pour son entreprise…
Oui, je regrette que les Français ne soient pas plus unis dans le quotidien ou sur les grands sujets de société. Nous sommes une nation qui a toujours porté en elle des valeurs fondamentales : liberté, égalité et fraternité. Ce ne sont pas des mots choisis au hasard. Mais ont-ils encore un sens dans nos vies de tous les jours ?
Je ne suis pas différent de vous. Moi aussi je râle, j’ai mon avis sur tout et je ne suis pas forcément toujours très fin. Pour autant, je suis heureux de vivre ici la vie qui est la mienne.