Revue d’Ex – Le dominateur
Il me suffit de mettre une goutte de ce parfum pour me retrouver avec W. C’est automatique, c’est net et c’est sans appel. C’est lui, c’est le temps que nous avons passé ensemble, ce sont tous nos souvenirs réunis dans une seule goutte de parfum. Tout est là, comme parfois tout peut être dans une chanson, dans un film, dans une simple phrase. Je revis tout à la vitesse de la pensée : notre rencontre, nos soirées ou nos nuits, nos voyages et nos ivresses, nos échanges et notre séparation.
J’ai rencontré W. durant l’été 2009. Aux alentours du 14 juillet me semble-t-il. Rendez vous avait été pris sur Internet après une brève discussion sans grand éclat, tout juste un peu moins “commune” que les autres. Un petit gars en apparence simple. Un peu joufflu, assez marrant, et finalement sans prétentions.
Quand je suis arrivé chez lui ce dimanche après midi là, je ne l’ai pas trouvé séduisant du tout. Plus enrobé que je l’avais imaginé, le cheveu inexistant. De petits yeux bleus enfoncés dans un visage rondouillard. Assez grand, mais plus petit que moi cependant, il portait ce jour là une petite barbe de 2 ou 3 jours, clairsemée, pas très nette et assez moche. Il arborait une chemise d’un bleu très vif. A mi-chemin entre le violet et le bleu marine. Je trouvais que ça ne le mettait pas en valeur. Pourtant, je ne sais pas pourquoi, il me semblait qu’une certaine élégance se dégageait de lui. Peut être dans sa façon de marcher ou de parler ? J’étais assez impressionné par son aisance, justement, à parler de tout et de rien avec moi. J’envie les gens qui sont (en apparence du moins) ouverts aux autres. Moi qui suit assez timide, je suis vite perturbé par ceux qui parlent beaucoup, et j’ai appris à m’en méfier.
Notre première rencontre se déroula donc dans cette ambiance étrange entre déception et intérêt en ce qui me concernait. Quant à W., je crois qu’il a tout de suite été enthousiasmé, même si je n’en suis pas certain. En tout cas, il ne s’était rien passé lorsque je quittais son bel appartement ancien, décoré avec goût. Promesse de se recontacter (sans vraiment l’intention de la faire pour ma part) et un au revoir gentillet avec une petite bise sur la joue.
Quelques jours plus tard, je reçois un appel de W. Il me propose de venir dîner chez lui en compagnie de quelques uns de ses amis gay. J’avoue que je ne suis pas trop partant pour le revoir, mais je me persuade que c’est une bonne façon de rencontrer d’autres personnes (gays), et j’accepte.
Le début de la soirée me paraît très collet monté et je sens bien que les trois autres garçons qu’il a invités sont là pour lui donner leur avis sur moi. Au début cela m’indispose un peu et puis, l’alcool aidant à me détendre, je finis par me laisser porter par le bon vin et les bons plats. Plus la soirée avance et plus je me sens éloigné de ces hommes (trop) fins, (trop) élégants, victimes de la mode et des stéréotypes (gay). Du coup, je finis par trouver à W. beaucoup d’attrait et le fait qu’il ne ressemble pas à ces “caricatures” me fait insidieusement me rapprocher de lui. Mais ce n’est que par “défaut” si j’ose dire. Toujours est-il que je quitte la soirée avant tout le monde, certain que les commentaires iront bon train après mon départ. Je vois bien que W. est déçu que je parte si vite car à nouveau nous nous séparons sans qu’il se soit rien passé.
A la différence de la première fois, il me rappelle dés le lendemain. Il est, me dit-il, heureux de la soirée de la veille durant laquelle tout le monde m’a trouvé charmant, gentil, spirituel,… j’en passe et des meilleurs !
Bref, rendez-vous l’après midi même pour aller nous promener dans les vignobles. C’est l’endroit qu’il choisit pour m’embrasser la première fois. Je suis assez étonné par sa dextérité et sur le moment je lui trouve même de l’audace et du romantisme. J’ai décidé de me laisser faire, même si je ne suis pas certain d’être très honnête avec lui et avec moi-même. Notre relation amoureuse commence donc à ce moment précis.
Dès le début de notre histoire commune, je fais remarquer à W. que nos trains de vie sont très différents. Son aisance financière est visible dans tout ce qui l’entoure : dans ses vêtements, dans ses meubles, dans sa voiture, dans son alimentation, dans ses loisirs et ses projets. Partout je me sens loin, très loin. Mais le côté simple de sa personnalité me rassure et W. me promet que l’argent ne sera jamais une source de divergence entre nous… Ne jamais promettre !…
en pamoison devant… tant de facilité ! La belle vie, l’insouciance, le luxe même. Je n’ai rien vu venir, j’ai fermé les yeux et j’en ai profité.
A partir de ce weekend anglais, je me suis laissé porter par W. Il s’occupait de moi et de tout. Il voulait que je vienne m’installer chez lui. Mais j’hésitais, allez savoir pourquoi…
Désormais W. me fait des cadeaux pratiquement tout le temps et il organise même nos vacances d’automne. Une semaine à Rome, la ville romantique. Ah Rome ! Evidemment je me fais une joie d’aller passer une semaine entière là-bas. Je ne me doute pas encore que ce sera la dernière aventure de notre couple. Pourtant je me souviens de cette phrase de W. avant de partir : “ce sera un bon test. Toute une semaine passée ensemble, c’est un bon moyen de savoir si ça colle ou pas entre nous…”. Elle a sans doute résonné en moi comme un signal.
Dés lors deux possibilités s’offrent à moi : soit je fais semblant d’être amoureux de lui et je profite de ses largesses, soit je reste intègre et je romps.
J’ai rompu quelques jours après notre retour de Rome. Qu’auriez vous fait à ma place ? Cela n’a pas été simple, comme chaque rupture, bien sûr. Cette séparation a été pour W. l’occasion de pleurer beaucoup et… de me demander de lui rembourser une partie de ce qu’il avait dépensé “pour moi” en voyages et autres plaisirs matériels ! Ca n’a fait que confirmer ma première impression : l’argent était pour lui un moyen de me garder. Comme la cuisine ou le sexe peuvent l’être pour d’autres… L’histoire ne vous dira pas si j’ai payé ou pas.
Aujourd’hui W. vit et travaille très loin de la France. Là encore, je me dis que finalement c’est une bonne chose que j’aie rompu. Je ne serais pas parti vivre à l’étranger, sans travail, sans ami, sans famille, sans maîtriser la langue du pays car, pour le coup, j’aurais vraiment été dépendant de lui et ça, me semble-t-il, ce n’est pas une façon de s’aimer.

