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Gay.mais.pas.que
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11 octobre 2010

Revue d’Ex – Le dominateur

HOMOIl me suffit de mettre une goutte de ce parfum pour me retrouver avec W. C’est automatique, c’est net et c’est sans appel. C’est lui, c’est le temps que nous avons passé ensemble, ce sont tous nos souvenirs réunis dans une seule goutte de parfum. Tout est là, comme parfois tout peut être dans une chanson, dans un film, dans une simple phrase. Je revis tout à la vitesse de la pensée : notre rencontre, nos soirées ou nos nuits, nos voyages et nos ivresses, nos échanges et notre séparation.

J’ai rencontré W. durant l’été 2009. Aux alentours du 14 juillet me semble-t-il. Rendez vous avait été pris sur Internet après une brève discussion sans grand éclat, tout juste un peu moins “commune” que les autres. Un petit gars en apparence simple. Un peu joufflu, assez marrant, et finalement sans prétentions.
Quand je suis arrivé chez lui ce dimanche après midi là, je ne l’ai pas trouvé séduisant du tout. Plus enrobé que je l’avais imaginé, le cheveu inexistant. De petits yeux bleus enfoncés dans un visage rondouillard. Assez grand, mais plus petit que moi cependant, il portait ce jour là une petite barbe de  2 ou 3 jours, clairsemée, pas très nette et assez moche. Il arborait une chemise d’un bleu très vif. A mi-chemin entre le violet et le bleu marine. Je trouvais que ça ne le mettait pas en valeur. Pourtant, je ne sais pas pourquoi, il me semblait qu’une certaine élégance se dégageait de lui. Peut être dans sa façon de marcher ou de parler ? J’étais assez impressionné par son aisance, justement, à parler de tout et de rien avec moi. J’envie les gens qui sont (en apparence du moins) ouverts aux autres. Moi qui suit assez timide, je suis vite perturbé par ceux qui parlent beaucoup, et j’ai appris à m’en méfier.

Notre première rencontre se déroula donc dans cette ambiance étrange entre déception et intérêt en ce qui me concernait. Quant à W., je crois qu’il a tout de suite été enthousiasmé, même si je n’en suis pas certain. En tout cas, il ne s’était rien passé lorsque je quittais son bel appartement ancien, décoré avec goût. Promesse de se recontacter (sans vraiment l’intention de la faire pour ma part) et un au revoir gentillet avec une petite bise sur la joue.

Quelques jours plus tard, je reçois un appel de W. Il me propose de venir dîner chez lui en compagnie de quelques uns de ses amis gay. J’avoue que je ne suis pas trop partant pour le revoir, mais je me persuade que c’est une bonne façon de rencontrer d’autres personnes (gays), et j’accepte.
Le début de la soirée me paraît très collet monté et je sens bien que les trois autres garçons qu’il a invités sont là pour lui donner leur avis sur moi. Au début cela m’indispose un peu et puis, l’alcool aidant à me détendre, je finis par me laisser porter par le bon vin et les bons plats. Plus la soirée avance et plus je me sens éloigné de ces hommes (trop) fins, (trop) élégants, victimes de la mode et des stéréotypes (gay). Du coup, je finis par trouver à W. beaucoup d’attrait et le fait qu’il ne ressemble pas à ces “caricatures” me fait insidieusement me rapprocher de lui. Mais ce n’est que par “défaut” si j’ose dire. Toujours est-il que je quitte la soirée avant tout le monde, certain que les commentaires iront bon train après mon départ. Je vois bien que W. est déçu que je parte si vite car à nouveau nous nous séparons sans qu’il se soit rien passé.

A la différence de la première fois, il me rappelle dés le lendemain. Il est, me dit-il, heureux de la soirée de la veille durant laquelle tout le monde m’a trouvé charmant, gentil, spirituel,… j’en passe et des meilleurs !
Bref, rendez-vous l’après midi même pour aller nous promener dans les vignobles. C’est l’endroit qu’il choisit pour m’embrasser la première fois. Je suis assez étonné par sa dextérité et sur le moment je lui trouve même de l’audace et du romantisme. J’ai décidé de me laisser faire, même si je ne suis pas certain d’être très honnête avec lui et avec moi-même. Notre relation amoureuse commence donc à ce moment précis.

Dès le début de notre histoire commune, je fais remarquer à W. que nos trains de vie sont très différents. Son aisance financière est visible dans tout ce qui l’entoure : dans ses vêtements, dans ses meubles, dans sa voiture, dans son alimentation, dans ses loisirs et ses projets. Partout je me sens loin, très loin. Mais le côté simple de sa personnalité me rassure et W. me promet que l’argent ne sera jamais une source de divergence entre nous… Ne jamais promettre !…

Photo190

Très vite, les projets naissent dans la tête de W. Au début ce sont des idées de sorties. Nous allons à droite puis à gauche le temps d’un petit weekend, d’un dimanche ou d’une soirée. Moi qui suis casanier, j’en suis pour mon compte. Mais ça ne me déplait pas, même si me faire inviter trois fois par semaine au restaurant commence à me poser un problème. Me laisser entretenir de la sorte me gêne. Les choses prennent de l’ampleur quand W. décide de me faire la surprise d’un weekend à Londres. Comment ne pas tomber sous le charme quand vous n’êtes jamais (ou presque) sorti de chez vous ? Découvrir Londres dans de telles conditions : un homme attentionné, un hôtel luxueux, les meilleurs restaurants, des visites à n’en plus finir toutes plus captivantes les unes que les autres. Que rêver de mieux ? Oui, je le concède, je suis tombé

en pamoison devant… tant de facilité ! La belle vie, l’insouciance, le luxe même. Je n’ai rien vu venir, j’ai fermé les yeux et j’en ai profité.

A partir de ce weekend anglais, je me suis laissé porter par W. Il s’occupait de moi et de tout. Il voulait que je vienne m’installer chez lui. Mais j’hésitais, allez savoir pourquoi…
Désormais W. me fait des cadeaux pratiquement tout le temps et il organise même nos vacances d’automne. Une semaine à Rome, la ville romantique. Ah Rome ! Evidemment je me fais une joie d’aller passer une semaine entière là-bas. Je ne me doute pas encore que ce sera la dernière aventure de notre couple. Pourtant je me souviens de cette phrase de W. avant de partir : “ce sera un bon test. Toute une semaine passée ensemble, c’est un bon moyen de savoir si ça colle ou pas entre nous…”. Elle a sans doute résonné en moi comme un signal.

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Notre voyage à Rome est un régal tant au niveau du temps et de la douceur de vivre, que de la richesse culturelle de cette ville millénaire. Mais imperceptible-ment notre relation se délite Plus les jours passent et plus sa présence me devient difficilement supportable. Et plus les jours passent et plus je reçois de cadeaux. Tous les prétextes sont bons pour payer, dépenser, acheter… Que se passe-t-il ? Et si depuis le début c’est son argent qui me plaisait et pas lui ? Et s’il en avait conscience et qu’il me dominait en m’offrant des choses inaccessibles pour moi ? Et si c’était moi qu’il achetait en fait ?Le réveil est brutal quand je prends conscience qu’outre la sympathie que j’ai pour W., je n’ai de l'amour que pour son argent et la vie qu’il me fait mener.

Dés lors deux possibilités s’offrent à moi : soit je fais semblant d’être amoureux de lui et je profite de ses largesses, soit je reste intègre et je romps.

J’ai rompu quelques jours après notre retour de Rome. Qu’auriez vous fait à ma place ? Cela n’a pas été simple, comme chaque rupture, bien sûr. Cette séparation a été pour W. l’occasion de pleurer beaucoup et… de me demander de lui rembourser une partie de ce qu’il avait dépensé “pour moi” en voyages et autres plaisirs matériels ! Ca n’a fait que confirmer ma première impression : l’argent était pour lui un moyen de me garder. Comme la cuisine ou le sexe peuvent l’être pour d’autres… L’histoire ne vous dira pas si j’ai payé ou pas.

Aujourd’hui W. vit et travaille très loin de la France. Là encore, je me dis que finalement c’est une bonne chose que j’aie rompu. Je ne serais pas parti vivre à l’étranger, sans travail, sans ami, sans famille, sans maîtriser la langue du pays car, pour le coup, j’aurais vraiment été dépendant de lui et ça, me semble-t-il, ce n’est pas une façon de s’aimer.

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Commentaires
E
Oui, tu as raison Farfalino : le plus grand "danger" dans cette relation était bien la tentation de devenir accro à une certaine forme de "récompense". J'aurais pu me contenter de recevoir sans rien donner ou alors donner de l'hypocrisie en barre... Mais, par respect je pense, je n'ai pas pu. Ou alors je n'ai pas su.<br /> Mais je vois que tu as compris ce que je voulais expliquer. Quant à Françoise Sagan, merci pour la référence. Je lirai le livre, ça c'est certain !
F
On fait tous des erreurs. Espérons qu'elles fassent progresser ou mieux se connaitre.<br /> <br /> Ton histoire me rappelle un livre que je n'ai pas lu de Françoise Sagan, "La laisse" (http://www.libfly.com/la-laisse-francoise-sagan-livre-411925.html). Une femme dominatrice tient son amant par l'argent. Seulement il devient riche à son tour.<br /> <br /> La conclusion de ton histoire montre qu'effectivement il y avait un rapport de domination. Et même mesquin. Je te comprends. Ses cadeaux font partie de sa séduction et de son attrait. Ils ont entretenu une certain illusion aussi. Heureusement que tu t'es éveillé à temps avant de devenir accro à ses largesses.<br /> <br /> Dans des conditions saines, recevoir et donner sont bien agréables :)
S
Moi je donne par plaisir quand je peux et sans arrière pensée mais c 'est vrai qu'il est possible cela puisse choquer . Hélàs celui auquel je pense ne s'en plaignait pas et de toute les façon jamais en moi l'idée acheter... <br /> <br /> Bon je tu auras donc un petit cadeau alors...
E
@Stephan : il y a cadeaux et cadeaux. Quand la valeur d'un objet te met mal à l'aise, appelle-t-on cela un cadeau ? Avoir de l'argent n'est pas un mal, mais s'en servir pour "acheter" l'autre c'est assez moyen (je trouve)...<br /> <br /> @Hoedus : malheureusement, j'ai du mal à trouver des points d'équilibre avec mes partenaires. Peut être ne suis-je pas moi-même très équilibré... Mais tu as raison, il faut être prêt à recevoir et certains (moi y compris) ne le seront peut être jamais.
H
Donner, c'est compliqué, mais recevoir peut l'être tout autant. Il semble bien que vous n'ayez pas trouvé le point d'équilibre en la matière...
Gay.mais.pas.que
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