Qui, quoi, que ? - 49e message
Traditionnellement, quand un blog a un peu d'existence et que son auteur est un peu en panne d'inspiration, ce dernier rédige un petit article dans lequel il parle de ses visiteurs et des liens qui ont mené lesdits lecteurs jusqu'à lui. C'est un peu comme un épisode à l'intérieur d'une série à succès durant lequel on vous ressert les meilleurs moments de la saison qui s'achève. Bref, c'est quand on ne sait pas quoi dire.
N'ayez crainte, pour moi, le moment n'est pas encore venu. Si je commence mon post par cette introduction, c'est simplement parce qu'une des fameuses requêtes Google qui a mené récemment à mon blog était "Qu'aurait été ma vie si je n'avais pas été gay ?". J'ai tressailli. Oui, le mot n'est pas trop fort. Je me suis dit : là il y a quelque chose. Quoi exactement, je ne le savais pas. Une question existentielle ? Une confession ? Un regret ? Une peur ? Un rêve ? Je ne savais pas quoi faire de cette phrase. Elle m'encombrait parce qu'elle avait des ramifications dans tous les sens.
Des ramifications ? Oui, des branches [ou des racines] qui partent dans tous les sens. Bien que je dise [à qui veut l'entendre] que ma vie ne se résume pas [loin s'en faut] au fait d'être gay, je dois bien reconnaître que c'est tout de même un filigrane, une espèce d’ombre, plus ou moins visible, influant plus ou moins sur ma vie. Alors quoi ? Imaginer une vie sans l’homosexualité est-ce comme imaginer une toute autre vie ? Peut être, en effet.
Du coup je me sens confus. Ma vie aurait-elle été si différente si j'avais été hétéro ? Evidemment je pense tout de suite : je me serais marié et j'aurais eu des enfants... En suis-je si sûr ? Qu'est-ce qui me permet de dire avec certitude : je me serais marié et j'aurais eu des enfants ? Déjà se marier et avoir des enfants ne va pas forcément de paire et puis se marier signifie aussi rencontrer une personne susceptible de m'épouser; et ça, c’est pas joué d'avance !
Ensuite je pense : j'aurais eu des tas de potes [et des tas de jeux vidéo sur le foot et les voitures], plus ou moins aussi beaufs [et plus ou moins amateurs de jeux vidéo] que moi et j'aurais choisi un métier "de mec", un métier où il faut être un peu bourrin et ne pas trop réfléchir... Là encore, je m'interroge : en suis-je si sûr ? Il faut bien le dire, nos amis hétéros ne sont pas tous des beaufs (enfin si quand même, mais à des degrés très divers - ok, je plaisante...). Non, heureusement pour eux, il y en a des "normaux" avec des métiers raffinés, genre expert comptable ou directeur de banque ou bien encore homme d'affaires.... Il y en a même (paraît-il) qui n’ont pas de jeux vidéo et ne s’intéressent ni au foot ni aux voitures.
Alors je me dis : si j'avais été hétéro, mes relations avec les autres et avec ma famille auraient sans doute été différentes... Ah bon ? C'est bizarre mais j’ai comme un drôle de pressentiment là aussi. C'est sûr, ne pas avoir à parler de ma sexualité comme d'un "terrible secret" aurait sans doute permis de développer d'autres rapports, mais quels auraient-ils été ? Auraient ils, du coup, été basés sur la confiance et le respect ? Sur la tolérance et la compréhension ? Aurais-je appris des choses ? Aurais-je dû vaincre mes propres peurs pour me lier aux autres ? De quoi aurions nous parler ?
Aurais-je pu m'affirmer si je n'avais pas été gay ?.... Je sais c’est extraordinaire d’écrire que l’homosexualité peut me permettre de m’affirmer. Et pourtant. Le fait d’être gay, m'a en quelque sorte obligé à m’imposer comme je suis, c'est à dire gay mais pas que. Pas que pas marié et sans enfant(s), pas que sensible et pas que fin, pas que différent.
Etre gay ça m'a donné le courage de regarder en face. D'affronter le regard des autres. De me rendre compte que l'Amour qu'on offre n'est pas lié à la sexualité qu'on pratique. Que mes opinions, mes pensées, mon âme ne sont pas dirigées par ma libido. Que s'éclater dans la vie ce n'est pas que lever des nanas en boîte en buvant de la bière. Que l'on peut vivre sans avoir d'enfants. Que l'homosexualité n'est pas une tare. Que sur le chemin tortueux de la vie, chacun mène sa barque comme il le peut. Que...
C'est ça en fait : si je n'avais pas été gay, je crois bien que ma vie aurait été fade. Ou encore triste, terne, monotone, convenue, insipide, sans couleurs, sans hauts le cœur, sans peurs et sans reproches, sans joie, sans peine, sans larmes, sans coups, sans rien. Une vie vide, en somme.
Evidemment, ce n'est là qu'une possibilité, bien sûr.