Revue d'Ex - Le funambule - 46e message
J'ai rencontré P. sur un lieu de drague. Vous savez les parcs publics qui deviennent des lieux de rencontres (on y fait plus des partouzes que des rencontres, soyons honnêtes) à la nuit tombée. Donc, un soir, je l'ai remarqué, assis sur son muret, entouré d'une espèce de cour composée de 3 ou 4 minets. Évidemment, au milieu de ces zigotos, il avait fier allure. Bien qu'apparemment jeune, il dégageait un charisme, une présence, une prestance. Bref, je suis passé 10 fois devant lui, et 10 fois je l'ai regardé et 10 fois il m'a regardé et 10 fois nous avons semblé vouloir nous dire "tu me plais". Mais c'est toujours difficile de savoir ce qui plaît à l'autre dans ce genre d'endroits, alors même que toute la réalité est biaisée là bas. Il fait nuit, on ne distingue rien ou très peu de choses, tous ces hommes sont titillés par leurs hormones et malgré le danger, tout le monde semble inconscient, comme si nous étions téléguidés par une force toute-puissante.
J'ai bien attendu 2 ou 3 heures que les aficionados de P. ne finissent par le laisser seul. J'aurais pu (du) partir plus d'une fois, mais je ne sais pas pourquoi je voulais absolument le rencontrer, le voir de prés, le toucher, l'embrasser... Je voulais qu'il me voit et je voulais que nous ne soyons que tous les deux. Bizarrement, quand les autres gus sont partis, j'ai eu beaucoup de mal à me jeter à l'eau. Et finalement, la conversation s'est engagée sans trop de difficultés. Comme je l'avais pressenti, il est beaucoup plus jeune que moi et pour dire la vérité, nos premiers échanges verbaux ne volent pas très haut. Qu'à cela ne tienne, on passe le reste de la nuit ensemble. On discute, on se frôle, on se dit des conneries du genre "je t'ai repéré tout de suite" ou "j'avais vraiment envie qu'on soit seuls tous les deux..." et on finit par s'embrasser. C'est mignon, très sage, et presque romantique. Je me souviens clairement d'avoir vu ma tête en rentrant chez moi au petit matin et de m'être dit : mon Dieu ! quelle tête affreuse ! Je me souviens que j'étais livide à cause du manque de sommeil et, ce matin là je me suis vraiment trouvé repoussant. Alors que lui, bien sûr, même après une nuit blanche, il était encore frais, le teint net, le charme intact !
Nous nous sommes revus quelques jours plus tard, chez moi. L'idée était de finir ce qu'on avait commencé mais en le revoyant je me suis petit à petit pris d'affection pour lui. Et j'ai eu l'impression qu'il se prenait aussi d'affection pour moi... C'est alors que nous avons entamé une relation assez suivie. Je me souviens : il venait souvent très tard et moi, comme une cruche que je suis parfois, j'attendais patiemment.
Ce qui était différent avec lui, c'était lui, tout simplement. Je n'avais encore jamais rencontré un jeune homme aussi efféminé. Il était vraiment très "fin". Je veux dire par là que la façon qu'il avait de bouger son corps, de parler, de faire les choses, tout en lenteur et en délicatesse, lui donnait un côté à la fois très doux et à la fois très sensuel. Car il avait, qui plus est, un corps superbe. Une peau lisse et bronzée, un teint parfait, pas un gramme de graisse superflue... A côté de lui je ressemblais à un beauf (un boeuf aussi peut être). Il était féminin mais ça lui allait bien. C'était très beau, très esthétique même, un peu comme les statues grecques.
C'est étonnant. Je n'aurais jamais cru être sensible à ce genre de garçons. A l'opposé de l'image virile que je me faisais de mon partenaire potentiel. Pourtant j'étais attiré comme un vulgaire morceau de métal par cet aimant incroyable ! Impossible de résister à son charme, à ce qu'il dégageait. Il n'était pas seulement fin, il était séducteur jusque dans le battement de ses cils... Et apparemment, moi j'étais séduit, mais je n'étais pas le seul semble-t-il. Il recevait sans cesse des SMS et autres coups de téléphones. Pour autant il me manifestait, quand on se voyait, beaucoup d'affection.
Était-il sincère ? A quoi bon le savoir ?
Je vous passe les détails de notre relation. Je peux seulement vous dire que sa famille n'était pas du genre compréhensive en ce qui concerne l'homosexualité, ce qui le travaillait beaucoup et le frustrait énormément aussi. Et puis il avait des projets un peu hors du commun : il voulait faire du cirque. C'est pas banal... mais c'était un garçon pas banal de toute façon. Moi j'étais déjà assez installé dans ma vie, à 1.000 lieux du cirque, de la danse, de la finesse et de la sensualité...
Il a mis fin à notre "aventure" un après midi (un dimanche je crois, mais je me trompe peut être) par un simple SMS qui disait "Je crois que je préfère arrêter là. BIZ" ou un truc du même genre. J'étais en train de faire du repassage...
Pour tout vous dire, ça ne m'a rien fait. Je crois que je savais déjà depuis un moment que ça finirait ainsi et je n'avais pas de regrets à avoir. D'ailleurs je n'en ai pas eu. Sauf un peut être : que pour me dire au revoir il est, pour une fois, manqué de finesse.
Portez vous bien.