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Gay.mais.pas.que
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25 juillet 2010

Revue d'Ex. : Ah l'amour ! - 34e message

A peine 1 heure après être arrivé dans cette boîte, je savais déjà qu’avec M. les choses ne seraient pas ordinaires.

Je venais d’arriver sur une nouvelle affectation, dans une petite (toute petite) ville, à 150 km de Paris environ. J’avais une douzaine d’années de moins qu’aujourd’hui. (Seulement. J’ai portant l’impression que c’est une histoire plus ancienne…)
Bref, me voici donc arrivé à mon nouveau poste. Heureusement je suis déjà venu quelque fois ici et je connais une de mes nouvelles collègues, C.. Enfin, connaître est un bien grand  mot. Disons que je l’ai déjà côtoyée dans le Groupe pour lequel je bosse, à un autre endroit, dans un autre temps. Du coup elle se sent le besoin de me prendre sous son aile et de m’intégrer à l’équipe.  Grand bien lui fasse. Moi qui suis assez timide et taciturne (surtout à cette époque), je me laisse volontiers coopter. On fait donc rapidement le tour des bureaux. Il y a S., la gentille collègue qui aime bien se faire charrier... pour mieux se faire consoler ! Elle n’a pas inventé l’eau tiède mais sa candeur a un je ne sais quoi de touchant. Il y a aussi B. Lui c’est un garçon un peu plus compliqué. Ca se sent tout de suite. Il a laissé sa femme à Paris, il est à l’hôtel... Sa façon de regarder les autres, de s’exprimer, de se tordre dans tous les sens en prenant un air faussement désabusé : ça me laisse une drôle d’impression. Mais à cet instant, à cette époque, je n’en ai absolument pas conscience, bien sûr. Il y a X. Lui c’est le bout en train. Ca pour t’accueillir il t’accueille. L’accent comique, l’œil qui brille, la blague pourrie sur le patron. La panoplie est complète. C’est un peu le Jean-Claude Convenant [dans Caméra Café] de la boîte. X. vit en collocation avec M. Le fameux M. Forcément, c’est celui qui n’est pas là le matin où j’arrive. Forcément on va le retrouver ce midi pour manger tous ensemble car forcément tout le monde attendait mon arrivée et forcément M. ne veut pas manquer ça. Forcément « tu verras il est super », me dit-on…

Je ne sais pas décrire ce que j’ai ressenti en le voyant qui nous attendait sur le parking du restaurant où il était convenu que toute l’équipe se réunisse. Je n’ai pas les mots et pas assez de recul pour ça. Ce fut une sorte de picotement, comme des fourmis. Pas dans les jambes mais plutôt dans le cerveau. Je crois que son sourire a été la première image que j’ai eu de lui, à moins que ce ne soit son regard un peu « par en-dessous » ou son accent du sud. Ou peut être encore son allure un peu empruntée mais dégageant un surprenant charisme : très contradictoire, je sais… Je sais aussi que tout ça à l’air très convenu, mais je ne trouve pas d’autres phrases pour vous le raconter.

Je passe vite les détails car je pourrais en remplir des cahiers entiers et même en inventer des tas qui n’auraient existé que dans mon imagination. Vous l’avez de toute façon déjà compris, je tombe quasiment immédiatement sous le charme de M. Dés lors je n’ai de cesse de me renseigner sur sa vie. Outre le fait qu’il vive en collocation avec X., j’apprends qu’il n’a pas de petite amie, du moins en ce moment et dans cette ville. C’est tout ce que je veux savoir en fait, car le reste ne compte pas. Je fais l’erreur de me fier à ses regards, à sa façon de se tenir, à ses visites impromptues dans mon bureau juste comme ça, pour bavader, à la complicité qu’il semble avoir envie de partager avec moi… Je me laisse emporter et mes pensées vont plus vite qu’elles ne le devraient : je me prends à croire que, peut-être, M. n’est pas indifférent à ma personne.
Comme la maison familiale de M. est à des centaines de kilomètres de là, il passe tous ces week-ends dans cette toute petite ville où, franchement, il n’y a pas grand-chose à faire. Il faut remettre les choses dans leur contexte. Nous sommes tous jeunes et nous sommes presque tous des « expatriés » dans cette ville perdue. La plupart d’entre nous ne restera pas éternellement ici et à part C., personne n’a d’attache ni d’appartement ici. X. et B. ont une amie dans une autre ville. S. a un petit copain chez qui elle vit et moi, j’ai la possibilité de rentrer dans ma famille tous les week-ends. Aussi, tout le monde est assez étonné de constater que je ne rentre plus qu’un week-end sur deux voire un sur trois. L’appartement que M. partage avec X. la semaine devient donc son petit « 2 pièces » à lui le week-end. Moi, bien évidemment, tout ce que je veux c’est passer tout mon temps libre avec lui.
Il me plait de plus en plus, mais je sens confusément que je suis en train de me noyer dans le verre d’eau de mes sentiments.

Je me souviens d’un dimanche que nous avons passé ensemble, lui et moi. On est allé au bord d’un lac. Il y avait du vent, mais il faisait beau et on a même fait du pédalo [expérience que je n'ai jamais renouvelé dans ma vie]. Il avait mis un short bleu marine et s’était retrouvé torse-nu à mes côtés. J’aurais du tenter de l’embrasser, de le caresser ou de lui parler peut être. Je me serais sans doute pris un vent ou, pire, un coup de poing, mais au moins j’aurais su… Mais de toute façon je n’aurais jamais osé. D’ailleurs oserais-je aujourd’hui ?
Aprés le pédalo on a mangé une glace. Il faisait bon vivre. Ce dimanche est resté gravé en moi. C’est sans doute une de mes plus beaux souvenirs. C’est drôle de dire ça après tant d’années. C’est surprenant aussi qu’un dimanche après midi sur un pédalo avec un collègue devienne un de mes plus beaux souvenirs. C’est peut être parce que ça représentait pour moi beaucoup plus qu’un simple dimanche avec un simple collègue… Forcément.

Quoiqu’il en soit, M. a toujours eu un comportement équivoque. Sourire en coin, petites confidences intimes parfaitement dosées, moments de complicité entre potes [« dont tu ne parleras pas aux autres… » on se demande bien pourquoi]. Au fil de nos discussions j’apprends qu’il a couché avec C., la bonne copine accueillante qui m’avouera bien plus tard qu’elle est amoureuse de M. mais qu’elle a l’impression qu’il la prend pour une conne. Je pourrais la rassurer si on se revoyait maintenant : il nous a pris pour des cons.

J’appelle ça « souffler le chaud et le froid ». Je t’attire vers moi pour mieux te repousser. M. était comme ça, il jouait de son incroyable force d’attraction sur les autres. Il ne pensait pas à mal [ou du moins il n’était pas conscient qu’il pouvait faire le mal]. Tant pis pour les gourdes comme moi qui se laissaient envoûter par le chant des sirènes !

Entre nous, j’ai beaucoup souffert de vivre quelques mois à ses côtés. Mon cœur a été labouré dans tous les sens. J’ai ressenti la joie incommensurable de passer du temps avec lui (pas besoin de parler, juste rester l’un à côté de l’autre, rien que lui et moi comme dans un bulle), aussitôt contrecarrée par le déchirement terrible des séparations. Je me suis senti transporté plus haut que les nuages en recevant un simple sourire ou en chopant un des ses regards « par en-dessous ». Je me suis retrouvé plus bas que terre quand il se désintéressait de moi ou qu’il se mettait à parler des autres (et surtout des « nanas-baisables »). Bref, je n’ai fait que voyager d’un extrême à l’autre, mon coeur d'artichaut s'ouvrant et se fermant au rythme de ses humeurs. Et tout ça en silence car je ne pouvais pas l’exprimer ni à personne ni à moi même d'ailleurs. J’ai passé des nuits et des nuits à pleurer (sur mon sort). Des jours et des soirs à attendre un appel. J’ai fait des choses insensées, j’ai dépensé plus d’argent que je n’en gagnais, j’ai donné tout ce que je pensais être le meilleur de moi rien que pour lui plaire…. En vain. Il ne s’est jamais rien passé de physique entre nous. Même pas un frôlement ou une esquisse de début de quelque rapprochement de nos corps.  Dans l’absolu, ce n’est même pas ça que j’attendais. J’étais amoureux et je ne vivais plus que pour lui. Je pensais M., je mangeais M., je dormais M. J’aimais M.

Après 6 mois  environ de ce calvaire, j’ai été affecté à 500 kilomètres de là. Ma peine a été immense mais en même temps mon soulagement a été intense. Mon cœur a explosé quand nous nous sommes vus une dernière fois lors de ma soirée de départ. Mais là encore je n’ai pas su lui parler. Je me souviens de m'être arrêté au bord de la route pour pleurer. Des pleurs très violents, impossibles à arrêter ou à contrôler. Avec des grosses larmes. La tristesse la plus pure...

Nous nous sommes revus quelques mois plus tard à l’occasion d’une formation commune. Nous avons dîné ensemble et j’ai enfin pu trouver le courage de lui faire part de mes sentiments à son égard, même si les grosses larmes de mon coeur brisé quelques mois plus tôt avaient achevé de noyer mes dernières illusions. Il aurait pu trouver toute sorte de réponses. Il n’en a eu qu’une, la plus cinglante : « tu sais, les homos ne me dérangent pas, tant qu’ils restent dans leur coin ». Il a sans doute voulu dire par là qu’il ne partageait pas mon orientation (j’arrive encore à lui trouver des excuses), mais en réalité sa réponse a été pour moi un tel choc (car la mauvaise foi est une des choses que je déteste le plus) qu’elle a été le point de départ de mon désintérêt pour lui. A partir de ce soir là, et je vous jure que c’est vrai, tout l’amour que j’avais pu lui porter s’est comme volatilisé. Là encore, les mots me manquent pour vous décrire mes sentiments.

Bien longtemps après tout ceci, j’ai eu quelques nouvelles par l’intermédiaire de X. M. vit désormais dans un pays quelconque du continent Africain. Il est marié, mais de là où il est on ne voit pas s’il est heureux…

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Commentaires
C
Je pense qu'on a tous plus ou moins souffert à cause d'un M. qui nous branchait sans qu'il le sache... <br /> Ce genre d'expérience nous permet par la suite de savoir comment réagir face à une même situation.<br /> Perso, dès que je flashe sur un mec... Je me resaisies vite-fait en me disant que c'est un mec quelconque et qu'il n'est pas fait pour moi. Puis quand mes émotions sont trop intenses. Je fais tout pour éviter le mec, même si un manque s'instaure en moi...
C
L'amour qui n'est pas partagé ça peut faire très très très mal. Enfin ceci dit dans ce que je lis, je ne suis pas tout à certain de l'innocence de M. Tu dis "Il ne pensait pas à mal [ou du moins il n’était pas conscient qu’il pouvait faire le mal]". En es tu certains. Moi j'ai plus l'impression qu'il jouait de son sex-appeal quand même... Et je ne vais même pas commenter ce qu'il t'a dit quand tu lui a avouer tes sentiments... Détestable.
Gay.mais.pas.que
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