446px_Philippe1erOrleans_EEn lisant un livre de Max Gallo, Louis XIV, le Roi Soleil, j'apprends que Philippe d'Orléans, alias Monsieur - le Frère du Roi, était gay. Il est né 2 ans après son frère à l'extraordinaire personnalité et ces deux années d'écart l'auront fait échouer dans les marges des livres d'histoire.

 

Je n'accroche pas vraiment avec le style narratif de M Gallo mais j'ai l'intention de finir ce livre (et pour tout vous dire, j'en ai un autre de lui que je n'ai pas encore commencé et qui m'attend...). L'histoire de Louis XIV, bien que très étudiée à l’école, reste en tout point intéressante, mais ma curiosité est davantage piquée, vous l'aurez compris, par ce curieux personnage qu'est Monsieur. Evidemment, le "héro" du livre n'étant pas le Frère du Roi mais le roi lui-même, les infos sont, par conséquent, rares.

 

422px_Louis_XIV_of_FranceJ'apprends au fil des pages que l'homosexualité est à l'époque nommée le vice Italien. Si j'ai bien compris, cela viendrait du fait que ce soit Philippe Mancini, neveu de Mazarin, qui a "initié" le frère cadet du Roi de France -- Mazarin, et les Italiens qu'il incarne au cœur du Royaume de France, étant mal perçus par le peuple. Pour autant, je doute fort que Philippe d'Orléans ait attendu Philippe Mancini pour devenir homo. Car si j'en crois ce qui est dit sur le Net quant à son enfance, j'apprends que "Philippe [enfant] montra son originalité, son jeu préféré étant de porter des robes et de se poudrer" (source Wikipédia). En poursuivant mes investigations, je découvre que les "penchants" de ce garçon ont sans doute été une aubaine pour sa mère, Anne d'Autriche qui a (peut être) trouvé là l'occasion de faire de Philippe un homme docile et peu enclin à faire du tort à la destinée de son frère -- l'épisode de la Fronde étant encore douloureux dans les mémoires de la famille royale.

 

Au-delà de tous ces faits historiques plus ou moins avérés, j'ai surtout envie de m'imaginer la vie de cet homme, personnage de haut rang du royaume, exposé comme il se doit à tous les regards et à toutes les convoitises. Je m’imagine que l'homosexualité était à l'époque incluse dans une sorte de "pack libertinage" qui regroupait les pratiques sexuelles de toutes sortes, de l'orgie à l'adultère "officiel" en passant par l'homosexualité. Peut être était-ce même très "à la mode", comme le sous-entend Max Gallo dans un passage de son livre : "[Louis XIV] sait ce que l'on chante à Paris, en s'adressant à lui sur un air moqueur :
Les jeunes gens de votre Cour

De leurs corps font folie
Et se régalent tout à tour
Des plaisirs d'Italie
Autrefois pareille action
Eût mérité la braise
Mais ils ont un trop bon patron
Dans le Père de La Chaise
Louis apprécie ce jésuite, son confesseur. Mais que faire contre ce vice italien si répandu ?"

483px_Philippe_de_Lorraine_Armagnac_dit_le_Chevalier_de_Lorraine_1643___1702Cela explique pourquoi Monsieur fût marié deux fois par son frère. Sa première femme, Henriette-Anne d'Angleterre, fût empoisonnée. D'après la rumeur, ce seraient les amants de Philippe, dont le paraît-il très beau Chevalier de Lorraine, qui auraient commandité cet assassinat dans le but de faire main basse sur la fortune du Frère du Roi. L'histoire raconte que Philippe était très épris de son Chevalier (comment ne pas être amoureux fou d'un chevalier ?), mais que ce dernier ne l’aimait pas et qu’il intrigua contre son protecteur jusqu’à sa mort. De sa deuxième femme, la Princesse Palatine Charlotte – Elisabeth de Bavière, il aura un fils, le futur Régent.
A la lecture de ses textes, je me demande comment l’homosexualité était perçue au XVII e siècle. Si la pratique sexuelle en soi était, sans doute, plus ou moins admise comme une sorte de jeu (et encore, dans les castes aisées de la société), l’acceptation des sentiments amoureux d’un homme pour un autre homme était sûrement bien plus compliquée. Le frère de Philippe, Louis XIV, donc, lui infligea de nombreuses humiliations « sociales » dont la plus cinglante fut son refus d’accorder à son frère le gouvernement du Languedoc qui lui revenait de plein droit à la mort de son oncle.

 

Dans ses Mémoires, le Duc de St Simon fait un portrait au vitriole de Monsieur :
" [Il] 
n'avait d'ailleurs que les mauvaises qualités des femmes. Avec plus de monde que d'esprit,
[…] il n'était capable de rien.
Personne de si mou de corps et d'esprit, de plus faible, de plus timide, de plus trompé, de plus gouverné, ni de plus méprisé par ses favoris,
[…]. Tracassier et incapable de garder aucun secret, soupçonneux, défiant, semant des noises dans sa cour pour brouiller, pour savoir, souvent aussi pour s'amuser, et redisant des uns aux autres. […]
C'était un petit homme ventru, monté sur des échasses tant ses souliers étaient hauts, toujours paré comme une femme, plein de bagues, de bracelets et de pierreries partout, avec une longue perruque toute étalée devant, noire et poudrée et des rubans partout où il pouvait mettre, plein de sortes de parfums et en toutes choses la propreté même.
On l'accusait de mettre imperceptiblement du rouge. Le nez fort long, la bouche et les yeux beaux, le visage plein mais fort long. Tous ses portraits lui ressemblent. J'étais piqué à le voir qu'il fit souvenir qu'il était fils de Louis XIII à ceux de ce grand prince, duquel, à la valeur près, il était si complètement dissemblable. »

 

Mais il dit aussi de lui, lorsque la mort emporta Philippe d’Orléans : « Le gros de la cour perdit en Monsieur: c'était lui qui y jetait les amusements, l'âme, les plaisirs, et quand il la quittait tout y semblait sans vie et sans action. »

 

J’ai aussi appris que Monsieur était un homme de goût et un grand mécène. Il fut notamment le protecteur de Molière et lui permit de jouer devant le roi. Il fit de grands travaux pour embellir ses deux résidences : le Palais Royal et le château de Saint Cloud. Il y entassa d’innombrables tableaux de Maîtres et dans son Palais Royal, il accueillit les académies de musique  et de danse. L’histoire dit, enfin, que Louis XIV pleura beaucoup à la mort de son frère Philippe.

 

En conclusion, je ne sais pas si ce Monsieur était un homme attachant (et à dire vrai, je doute même sincèrement qu’il le fût), mais j’ai eu envie d’en savoir plus sur ce personnage atypique de l’Histoire. Finalement, il existe de nombreux textes le concernant et de nombreux récits. Ce sera l’occasion pour moi d’approfondir mes recherches même si je ne pourrai jamais savoir ce que ressentait au fond de son cœur cet homme d’une autre époque… à moins que ce ne fut la même chose, ni plus ni moins, en lui en 1678 qu’en nous en 2010 ?


Dans l'ordre les peintures représentent :
Philippe d'Orléans
Louis XIV
Le Chevalier de Lorraine.

Voici quelques liens qui m'ont permi d'écrire ces lignes :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_de_France_(1640-1701)#cite_note-6
http://courduroisoleil.chez.com/documents/monsieur.htm
http://rouvroy.medusis.com/docs/0309.html?qid=sdx_q0