Avant-propos [j'aime bien ce mot] : les noms et les lieux sont soit masqués soit inventés. Non pas que j'ai envie de cacher ma vérité, mais je préfère que celle des autres soit préservée car je ne leur ai pas demandé leur accord pour parler d'eux. Si parmi mes lecteurs, un desdits Ex se reconnaissait [ce qui serait tout de même très étonnant, mais pas complètement impossible] et qu'il ne souhaitait pas que je parle de lui dans mon blog, il n'aurait qu'à me le dire, tout simplement...

Alors, donc, commençons.

Car il faut bien un commencement. Moi, j'avais déjà eu un avant goût de ce que le futur me réservait car j'avais déjà souvent joué « au docteur » avec mon voisin. Je vous parle des années 70. Oui, oui, vous avez bien lu. J'avais déjà passé du temps à découvrir avec mon petit voisin de la maison d'en face, les joies, non, plutôt les surprises, que réservent parfois le corps d'un garçon. J'avais 6 ans ou peut être 7 mais pas davantage. Je sais, c'est précoce, mais nos jeux étaient sans doute plus innocents qu'il n'y paraît. Quand on grandit on perd toute candeur et on met de la pudeur [ou de la pudibonderie] partout.

Mais revenons à mon premier Ex-Mec.  Je ne peux pas le considérer comme un Ex-ami ni un Ex-amant. Je le considère plutôt comme un Ex-coup. Mais il a de l’importance car c’est le Premier. Hélas, trois fois hélas, j’aurais mieux fait de me casser une jambe que de sortir ce soir là…

J’ai 19 ans quand je le rencontre. Je suis étudiant à R. Plutôt qu’étudiant, je devrais plutôt dire que je suis un ex-lycéen grisé par la soudaine liberté de ne plus vivre sous le toit familial et, qui plus est, dans une grande ville. Je ne suis donc pas les cours, je dors le jour et sors souvent la nuit. Quand je ne sors pas, je dessine, je discute avec d’autres étudiants. Je suis timide et taciturne, mais les résidences universitaires forcent à l’ouverture aux autres d’une certaine façon. Un soir de mars ou d’avril, je ne sais plus [mais un dimanche, ça j’en suis sûr], je sors acheter des cigarettes à pied. Je n’avais pas de voiture, il n’y avait plus de bus. Tout naturellement, je fais un crochet par le parc dont j’ai appris je ne sais plus comment, qu’il est réputé comme étant un lieu de rencontres homos. J’avoue que j’y suis déjà allé la journée, m’imaginant que ce serait une espèce de baisodrome, mais que j’ai été [forcément et fortement] déçu. Mais cette fois, c’est différent : il fait nuit. Vu de loin, l’endroit est tranquille mais inquiétant. Pas de piéton, pas de lumières, pas d’activité quelle qu’elle soit ; rien. Et puis, une voiture me double. Elle roule tout doucement, mais je n’ose pas regarder. Elle avance et tourne sur le parking en contre bas. Elle fait demi-tour et s’arrête. Ses feux allumés me font maintenant face. Je continue d’avancer, sans vraiment savoir à quoi  je dois penser quand tout à coup la lumière des phares explose. La voiture [ou plutôt, son conducteur] me fait un appel de phares. Dés lors je sais que je vais enfin savoir ce que c’est que le sexe entre hommes. Ah le bel élan ! Mon cœur bat la chamade et je ne sais pas encore comment je fais pour arriver à hauteur de la voiture sans chavirer tant la tension dans tout mon corps est forte. Pourquoi n’ai-je pas peur ? Qu’est ce qui me pousse à aller voir qui se cache derrière la vitre de cette grosse voiture prétentieuse qui m’aguiche avec ses phares étincelants ?
Lorsqu’il descend la vitre et que je vois le visage de cet inconnu, je suis mi déçu, mi-intrigué. Il est vieux. Il a au moins 40 ans ! Un univers nous sépare. Moi je suis encore à des années lumière de ma vie d’adulte et lui il drague les minets dans les parcs la nuit avec sa grosse berline blanche ! Je suis déçu car il ne me plait pas : il est moche. Ses cheveux sont bouclés et gris. On dirait un mouton. Il a des lunettes, un drôle d’air, une écharpe écossaise ringarde (années 90 obligent) autour du coup et un pantalon de jogging. Il n’a aucune classe, aucun style, aucun charme. Il n’est même pas finaud. Il me dit « tu sais où je peux trouver une boîte sympa ouverte le dimanche soir ici ? » Il a sans doute la même phrase pour chaque gamin qu’il accoste le dimanche soir. Et moi je suis déçu mais fasciné. Je veux savoir ce que c’est que d’avoir une relation sexuelle avec un homme. Mes pulsions les plus secrètes prennent le dessus. Des flots d’hormones se déversent dans mes veines. Je ne pense plus qu’à ça car même si je n’ai que 19 ans, je sais parfaitement où tout ça va me mener. Et je réponds : « euh, oui, il y a bien le T., pas loin d’ici. Je sais que c’est ouvert le dimanche ». Alors il me dit : « Tu veux pas monter et me montrer où ça se trouve ? ». Et moi de répondre « si tu veux… »

Trop tard, je viens de tomber dans le panneau le plus gros qui soit. Je le sais, mais je m’en fous. Quand il commence à me parler dans la voiture, je n’écoute pas. De même qu’il ne me raconte que des conneries pour m’endormir, moi je n’ai pas d’oreilles pour lui : je dors déjà. Je suis déjà ailleurs. Sans doute que mes yeux brillent, mais je n’en suis pas conscient. Mon intelligence, ma raison et toute mon énergie semblent vouloir se donner rendez vous entre mes jambes. Et mon bas ventre devient fou quand cet homme de 20 ans mon aîné glisse sa main sur ma cuisse et remonte doucement pour me caresser là où je pensais encore il y a quelques heures que personne  ne le ferait jamais.
Rapidement on atterrit dans son bureau si je comprends bien, ou quelque chose qui lui ressemble. On se déshabille on s’allonge sur une couverture judicieusement préparée et qui sent le renfermé. On se tripote, ce n’est pas si agréable que je le pensais. Il est de plus en plus moche et de plus en plus vieux. Je pense « mais qu’est ce que je fais là ? » mais c’est déjà foutu. J’ai l’impression de ne pas être vivant. De n’être qu’une poupée pour amuser un vieux. Un gadget à plaisir. Il me fait mal, il tire sur mon sexe de façon trop rude. Je n’aime pas, je ne l’aime pas, je veux qu’il arrête. Il finit sa besogne en me regardant, comme on regarderait un magazine porno.  C’est donc ça le sexe entre hommes ? Comment ça pourrait être ça ? Dans un bureau crasseux, au milieu d’une couverture miteuse, avec un vieux, moche, pas agréable ? On se rhabille vite fait. Il faut se dépêcher, il doit me ramener car, dit-il, il a « des tas de choses à faire encore »….

Arrivés devant ma résidence U, il me demande mon numéro de chambre. J’ai envie de lui donner un numéro bidon mais je donne le bon. Aujourd’hui encore je ne sais pas pourquoi je n’ai pas réussi à donner un mauvais numéro. Peut être parce que je croyais encore qu’il pouvait subsister un tout petit peu de sincérité au milieu de cette soirée cauchemardesque ? Ou tout simplement mon manque de présence d’esprit.

Toujours est-il qu’il est venu frapper à ma porte quelques jours après. Quelques jours pendant les quels j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Oui, j’étais anéanti  et terrifié. Les mots ne sont pas trop forts. Je me suis effondré sur moi-même. Je ne suis pas sorti de mes 9m² pendant plusieurs jours, à ressasser toujours les mêmes scènes-obscènes de cette soirée. Lorsque je l’ai vu sur le pas de la porte, j’ai eu un haut le cœur ou quelque chose comme ça. Curieusement, je n’ai pas eu de mal à lui dire de partir (il faut dire qu’il n’a pas insisté non plus pour rester). Pourtant je me souviens que j’étais terrorisé à l’idée de le revoir.

En une soirée, j’avais rempli mon cœur de tout ce que l’homosexualité pouvait m’offrir de plus moche, de plus glauque, de plus vil… Cette personne était devenue ma référence en matière d’homosexualité. Autant dire que je partais avec un handicap.

Ce n’était pas vraiment un ex, vous voyez, mais pour moi c’était le premier et je ne pourrais jamais l’oublier.